Loading...

Fonderie d’art

Techniques de la fonte au sable et de la fonte à la cire perdue
La fonderie est l’un des procédés de formage des métaux qui consiste à couler un métal ou un alliage liquide dans un moule pour reproduire, après refroidissement, une pièce donnée (forme intérieure et extérieure) en limitant autant que possible les travaux ultérieurs de finition.
Les techniques employées dépendent de l’alliage fondu, des dimensions, des caractéristiques et des quantités de pièces à produire.
La fonte d’art désigne à la fois un matériau (fonte de fer), une technique (fonderie), un produit orné de série (principalement de la statuaire et des équipements urbains (fontaines monumentales, fontaines Wallace, bancs, candélabres, entrées de stations de métro signées Guimard).
La fonte d’art, née au début du XIXe siècle, a connu son apogée à la fin du XIXe siècle. Elle a répondu à une demande d’art décoratif (privé et public) dans un double progrès : celui de la métallurgie du fer et celui de la ville (urbanisme de type haussmannien).

L’avènement de la statuaire d’édition, au milieu du 19ème siècle, provoqua dans le monde de la sculpture un bouleversement aussi important que celui de l’imprimerie dans le domaine de l’œuvre écrite. Ce n’est donc pas un hasard si Ferdinand Barbedienne, l’un des plus grands fondeurs-éditeurs, compara Achille Collas, l’inventeur du procédé de réduction mécanique, à Gutemberg.
Ce qu’il faut bien appeler l’industrie du bronze d’art, en s’attachant à satisfaire un goût bourgeois nouveau pour le beau, répondait avant tout à des préoccupations économiques. Cette activité se développa assez largement en marge des salons officiels. Si ces derniers fournirent un grand nombre d’originaux, une grande partie de la production des fondeurs-éditeurs fut réalisée à partir d’œuvres créées par les plus grands sculpteurs du moment spécialement en vue de leur édition .
Aujourd’hui encore, cette matière reste assez mal connue et un peu en marge des recherches des spécialistes de l’histoire de l’art. Peut-être d’abord parce que l’artiste et l’œuvre ne sont plus au centre de l’étude. En effet, en matière d’édition, il faut aussi et surtout se préoccuper des procédés techniques de reproduction et de production à grande échelle de l’œuvre originale, ainsi que de la nature des liens juridiques et financiers unissant l’artiste et le fondeur-éditeur.
Mais, l’obstacle majeur à une véritable prise en considération de la statuaire d’édition tient surtout au fait que, dans le domaine de l’art, la notion de multiple est en soi extrêmement gênante. Instinctivement, l’esprit valorise l’œuvre originale, parce qu’il la perçoit comme l’émanation unique, directe et sublime de l’artiste. L’œuvre unique peut, à la rigueur, être ensuite copiée ou reproduite, mais au prix d’une évidente perte d’aura, car le lien quasi charnel avec l’artiste est rompu.
La réalité oblige cependant à nuancer les choses. En effet, s’il est vrai que, dans leur grande majorité, les multiples furent le résultat de la réduction et de la reproduction en série d’une oeuvre originale, ce ne fut pas forcément toujours le cas. Le Saint Michel de Frémiet, par exemple, a d’abord été une statuette avant d’être une statue monumentale. L’œuvre de Pradier présente également semblable agrandissement(3).
Sous le Second Empire, l’État lui-même n’a pas hésité à passer commande d’une dizaine d’exemplaires d’une statue équestre de l’empereur par Frémiet, afin d’en doter les musées de province. L’actuel musée d’Orsay compte également un grand nombre de multiples parmi ses bronzes. Il ne viendrait cependant à personne l’idée d’en contester la qualité ou l’authenticité artistique.
Il faut dire, en effet, que le bronze d’édition est généralement un travail de très haute qualité et finalement assez artisanal. Dans les années 1880, alors que l’engouement pour les bronzes d’édition bat son plein, la première maison du monde, celle de monsieur Barbedienne, n’atteint pas les 50 modèles par an.
Les procédés techniques industriels et juridiques :
L’essor de la fonte d’édition repose sur la conjonction de trois facteurs qui apparaissent pratiquement simultanément au milieu du 19ème siècle.
a : La réduction mécanique
Les procédés de réduction et d’agrandissement existaient bien avant l’apparition de la fonte d’édition, mais la technique utilisée par les praticiens reposait sur des mesures effectuées successivement point par point et coûtait donc fort cher.
L’apparition de procédés de réduction mécanique, lors de l’Exposition des Produits de l’Industrie française de 1839, coïncide exactement avec celle de la photographie. Trois procédés furent présentés lors de cette exposition par Moreau, Dutel et Collas. Un quatrième procédé sera présenté quelques années plus tard par Sauvage. Tous ces procédés reposent sur l’utilisation d’un pantographe tridimensionnel, instrument constitué de tiges articulées. Collas, d’abord seul, en 1839, puis avec Sauvage, en 1844, déposera des brevets afin de protéger son procédé. Le procédé Collas sera utilisé par la maison Barbedienne, tandis que la maison Susse utilisera le procédé Sauvage.
La portée du procédé est considérable car il permit de réduire à une échelle compatible avec celle des appartements, les grands chefs-d’œuvre de la sculpture et ainsi de les faire entrer dans les foyers. Des tailles différentes pouvant être données à ces oeuvres, chacun pouvait faire son choix en fonction de son budget ou de la taille de son intérieur.
b : La fonte au sable
La production en grand nombre de bronzes de qualité repose largement sur le développement du procédé de “la fonte au sable”. Le cœur du processus résidait dans la confection d’un modèle démontable réalisé en bronze qui pouvait être réutilisé un très grand nombre de fois. Ce modèle, aussi appelé le chef-modèle, était composé d’un nombre variable de parties en fonction de la complexité du sujet et du nombre de contre-dépouilles (4). Le nombre de pièces du chef-modèle pouvait varier et certains en comptaient plus d’une quarantaine. Bien que très finement ciselé et fini le chef-modèle n’avait pas vocation à être assemblé, chacun de ses éléments étant destiné uniquement au moulage.
Un moulage du chef-modèle était réalisé dans un sable silico-argileux(5) à la fois très fin, donc capable d’épouser très fidèlement les formes du chef-modèle et possédant de surcroît la capacité de durcir une fois pressé et battu contre ce modèle. C’est dans ce moule qu’était ensuite coulé le bronze final. La confection d’un nouveau moule étant nécessaire pour chaque exemplaire, chaque tirage était donc une copie parfaite de l’original. Une fois la coulée réalisée il fallait ensuite nettoyer la pièce en la dessablant, puis en l’ébarbant et effectuer toute une série d’opérations de finitions qui s’achevait avec la ciselure et la réalisation de la patine. Les pièces étaient enfin assemblées, toujours à froid, généralement par emboîtage et sertissage et à grand renfort de clavettes et de boulons. Les différentes pièces étaient parfois numérotées sur leur partie interne suivant un système de repérage propre à chaque fondeur. L’ensemble de ces taches nécessitait l’intervention d’un personnel nombreux et spécialisé. Le ciseleur était certainement celui dont la tâche était la plus critique. Son intervention qui risquait d’éloigner assez fortement l’exemplaire réalisé des traits originaux du chef modèle devait en principe se faire sous le contrôle du sculpteur lui-même. En réalité ce dernier se contentait le plus souvent d’une surveillance épisodique. La composition de l’alliage n’est pas sans importance sur le rôle du ciseleur. La maison Barbedienne utilisant un alliage plus riche en étain (6,5%) que la moyenne de ses confrères, la coulée épousait mieux la forme du modèle et nécessitait moins de retouches.
Le procédé de la fonte au sable qui était au 19ème siècle un procédé bien moins onéreux que le moulage à la cire perdue serait aujourd’hui beaucoup plus cher car il nécessite une main d’œuvre bien plus nombreuse.
c : Le contrat d’édition
Les premiers à avoir compris l’importance du contrat d’édition furent les fondeurs Victor Susse et Ferdinand Barbedienne. Le premier signa en 1841 le premier contrat d’édition connu avec le sculpteur Pradier. Le second fit de même, en 1843, avec Rude, posant les bases juridiques d’une nouvelle industrie. Le contrat fixe les droits et obligations de chacun. L’artiste cède à l’éditeur le droit de reproduire une ou plusieurs oeuvres dans une dimension et une matière déterminée. Ici tout est possible. Certains concèdent à l’éditeur le droit de reproduire l’œuvre comme il lui plaira tandis que d’autres artistes signent des contrats avec différents fondeurs-éditeurs et concèdent à chacun le droit de reproduite telle ou telle oeuvre dans une dimension déterminée. C’est la raison pour laquelle on trouve sur le marché de l’art la même oeuvre éditée par Barbedienne et Susse dans des dimensions et des patines différentes. Dans certains cas l’éditeur pouvait-être autorisé à effectuer certaines modifications justifiées en principe par des motifs techniques mais en réalité cela permettait parfois de détourner l’œuvre de sa vocation première pour des raisons commerciales au point d’en faire par exemple un ornement de pendule. Enfin, certains sculpteurs, comme Clésinger, cèdent par avance à l’éditeur la totalité des droits à reproduction de leur oeuvre passée et à venir dans toutes dimensions et par tous moyens.
En contrepartie des droits cédés, le sculpteur reçoit un pourcentage calculé sur le prix de vente. Si en général cette rémunération représente environ 20% de ce prix chez Barbedienne il n’inclut pas les améliorations de présentation. Ainsi les bronzes dorés ne sont rémunérés que sur la base d’un bronze patiné. De même les socles en marbre ne sont pas inclus dans la base de calcul.
En cas de rupture du contrat, l’artiste devait rembourser à l’éditeur les frais exposés par ce dernier pour établir les réductions et les chefs-modèles. Au départ les contrats étaient passés à vie mais la pratique de contrats à durée déterminée s’imposa assez rapidement. La durée pouvait varier de trois ans à vingt cinq ans. En cas de rupture du contrat un préavis allant de dix mois à deux ans était prévu.



L’expertise des œuvres de Diego Giacometti

Diego Giacometti, cadet d’un an d’Alberto, s’est distingué par sa fabrication de mobilier en bronze animé de petites figurines. Son oeuvre, bien que s’inscrivant dans la mouvance de celle de son frère, est totalement indépendante. À partir des années 1950, avec de la terre glaise, du plâtre ou du bronze, il a donné vie à un bestiaire empreint d’une naïveté poétique et dont l’humour, qui se dégage des poses des petits animaux, ne gâte en rien l’élégance des formes. Diego Giacometti, débordé dans son activité, n’a tenu aucun registre, gérant […]

Read more
La “perruque” artisanale : entre légalité et illégalité

Évidemment les guillemets avertissent le lecteur : il ne s’agit pas de la perruque placée sur la tête pour masquer un crâne dégarni ou aller à un bal masqué… ce terme désigne ici une activité spécifique au sein des ateliers artisanaux (le sujet que nous allons aborder ici), comme ceux de l’industrie de transformation. Aussi répandue au sein des entreprises artisanales que méconnue, sa tolérance reste ambiguë. Faire une perruque c’est travailler pour soi sur son lieu professionnel, en tant que salarié. Selon l’activité de l’entreprise et la bienveillance de […]

Read more
Barye mis à l’honneur à Tainan

Antoine Louis Barye mis à l’honneur à Tainan, sur l’île de Taiwan, à l’entrée du « New Chi-Mei Museum » qui a ouvert ses portes le 5 janvier 2015. En 2011 et 2014, La fondation Chi-Mei a offert à la ville de Paris la reconstitution des deux bronzes, du square Barye à la pointe Est de l’ile Saint Louis, fondus sous le régime de Vichy en 1942. En écho à ce mécénat, la fondation taïwanaise a reproduit le corps central du monument parisien à l’entrée du parc de son nouveau musée. Les […]

Read more
Les contrefaçons de l’oeuvre de Diego Giacometti

L’auteur revient sur le procès célèbre concernant principalement des contrefaçons de l’œuvre de Diego Giacometti, diligenté par la cour d’appel de Besançon en novembre 1998 et sur les conséquences qui en découlent encore aujourd’hui. Article de la Revue Experts n° 71 – juin 2006 © Revue Experts   Le 15 juillet 1985, Diego Giacometti était emporté par une embolie cérébrale. Il venait trois jours auparavant, de subir avec succès une opération de la cataracte à Neuilly-sur-Seine qui devait lui permettre d’apprécier à nouveau les détails qui font la différence entre le […]

Read more
L’œuvre originale et la sculpture d’édition

Gilles Perrault aborde les notions d’originalité d’une sculpture des points de vue technique, stylistique et fiscal. Depuis des dispositions juridiques prises en 1968 et 1981, les tirages d’épreuves originales sont limités en France à huit exemplaires issus du même moule auxquels s’ajoutent quatre exemplaires dits d’artistes « hors commerce ». Avant cette obligation, les tirages des éditions originales étaient illimités. Gilles Perrault nous propose de faire le point sur cette originalité des sculptures françaises. Article de la Revue Experts n° 85, Août 2009 © Revue Experts   La lecture des […]

Read more
L’expertise des bronzes d’art

Les bronzes d’art font partie du patrimoine ancestral des français. Beaucoup de familles possèdent par héritage des sujets issus de la grande mode des bronzes d’art de la fin du siècle dernier, les musées débordent d’œuvres renommées, les livres d’art traitant des grands noms de la sculpture sont nombreux et luxueux. La France a tenu et tient encore un rôle de premier plan dans le monde, par ses artistes, ses fondeurs et son marché. La transmission des patrimoines, l’avidité des collectionneurs et des amateurs d’art, la qualité et le nombre […]

Read more
Les méthodes d’analyses scientifiques au service de l’expertise des objets d’art et des contrefaçons artistiques

L’analyse scientifique des objets d’art étant de plus en plus recherchée, l’auteur, après avoir fait un rapide inventaire des laboratoires ad hoc, énonce comment trouver celui qui sera le plus sérieux et le plus à même d’analyser une œuvre d’art et pose le problème de la fiabilité des analyses. Il fait ensuite un bref historique des examens scientifiques puis il étudie les différentes techniques utilisées qu’il résume sous forme de tableaux : examens et analyses de surface, examens et analyses des structures internes, méthodes de datation. Il termine cet article […]

Read more
La réglementation des bronzes d’art

La beauté suscite la convoitise et la cupidité. Les bronzes constituent un terrain de prédilection où il convient de savoir distinguer les œuvres originales, les faux ou encore les fontes frauduleuses. La Revue Experts n° 16 – 09/1992 © Revue Experts Les nombreuses affaires qui ont défrayé la chronique récemment concernant les faux bronzes d’art, nous conduisent de nouveau à traiter de ce sujet, afin que nos confrères ou lecteurs puissent faire la part des choses. Les sculptures en bronze, fondues dans un moule au sable, ou à la cire […]

Read more