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L’expertise des vitraux

Pour comprendre les problèmes liées à l’expertise des vitraux il faut en connaître l’histoire et les moindres détails comptent : technique de la fusion du verre, assemblage, évolution dans le temps. Tout connaître pour déceler l’escroquerie…

La revue Experts n° 08 – 04/1990 © Revue Experts

 

Sa splendeur reflète les prouesses et les innovations artistiques et architecturales, comme le portail nord, la nef, le labyrinthe et les vitraux.

La tentation de vous commenter les dernières restaurations de l’édifice était grande, mais ce propos a suffisamment été développé par les médias pour que nous nous intéressions à un sujet plus vaste et plus adapté à notre souci commun : l’expertise.

Notre choix s’est donc orienté vers un sujet peu courant : le vitrail.

Les premiers vitraux font leur apparition dans les églises à partir du IXème siècle (Aix la Chapelle), mais il nous faut patienter jusqu’au XIème siècle pour que nous conservions les traces des premiers vitraux français.

A cette époque et jusqu’au XVIème siècle, le verre est coloré dans la masse avec des oxydes métalliques mélangés dans la pâte en fusion. Le maître ouvrier découpe ses morceaux en se guidant à l’aide de gabarits et dessine les détails au trait à la grisaille. Cette poudre de verre mélangée à un oxyde métallique, fond à 650°C, en dessous de la température de fonte du verre plein. Réchauffé à cette température, le verre plein coloré se ramollit et se “colle” avec le verre en poudre fondu. En refroidissant, le dessin à la grisaille se trouve donc vitrifié et fait partie du carreau.

Les carreaux ou pavés sont ensuite assemblés à l’aide de baguettes en plomb profilées en H horizontal, qui après découpe, conformation et sertissage sont soudées entre elles à l’étain. (l’armature en plomb ne peut être coulée car le choc thermique provoqué par le métal en fusion serait fatal au verre). Les fenêtres sont divisées par panneaux d’environ 1 m2, pincés entre les feuillards et les barlotières maintenues par les clavettes.

Le verre ancien qui était obtenu par dépôt d’une paraison sous fusion, donc liquide sur une dalle réfractaire pivotante, comporte des traces d’excroissances circonvolutives. Il était ensuite découpé par chocs thermiques pour les lignes droites en appliquant un fer plat chaud, puis grignoté pour obtenir les courbes avec la pince à gruger. Depuis le XIXème siècle, le maître verrier utilise du verre soufflé ou en dalle. La singularité des bulles, de l’épaisseur et l’absence d’excroissances ne peuvent pas tromper l’oeil de l’expert tout comme la coupe moderne au diamant qui ne laisse pas la même trace que le choc thermique.

Les plombs d’origine n’existent plus à Chartres car ils sont changés régulièrement tous les 40 à 100 ans selon leurs expositions. Ils ne supportent pas aussi bien que le verre les attaques des intempéries et des gaz acides. Les plombs du XIXème et du XXème siècle sont plus faciles à manier, mais plus fins donc plus fragiles.

La lecture d’un vitrail se fait généralement de bas en haut dans un mouvement qui traduit l’élévation de l’esprit. Le donateur figure en bas de cette échelle, par sa marque, les médaillons du milieu expriment les thèmes principaux, tandis que ceux des côtés en assurent l’explication.

La Cathédrale, édifice majeur de la région, dont les grandes baies ne pouvaient retenir les procédés utilisés à l’époque pour les hommes comme le papier huilé ou la toile verrine, est le cadre de la vision biblique de la Jérusalem Céleste, couverte de murs de pierres précieuses. Selon l’Apocalypse de Saint-Jean, les douze assises de la muraille de Jérusalem étaient en jaspe, saphir, calcédoine, émeraude, etc.

Les histoires s’accordent à constater dans ces premiers vitraux, le symbolisme de la pierre précieuse qui évoque une véritable transmutation de la matière minérale. Le verre issu de la terre, purifié par le feu, par le maître qui possède un maillon de la connaissance, devient vitrail et participe pleinement à ce rapprochement des hommes vers le divin.

Très peu de faux vitraux du Moyen Âge existent sur le marché, car la production et la coloration du verre ont changé, et il est impossible d’imiter la lente corrosion cristalline du verre par un moyen artificiel. Seul l’oeil non averti sera dupé par une usure à l’acide trop systématique ou par une patine peinte rapportée à la surface.

Autre détail d’importance, le coût d’un faux dépasserait au minimum le double d’un authentique.

Notons également qu’un vitrail de la “haute époque” reste rarement complet ; de nombreuses pièces doivent être changées au fil des ans, soit à cause des guerres ou du vandalisme, soit à cause de manipulations maladroites lors du changement des plombs, soit encore à cause d’expositions importantes aux intempéries.

Si le faux est peu courant, le “montage antiquaire” l’est beaucoup moins et provoque de nombreuses interrogations à l’expert qui doit discerner les diverses provenances assemblées de façon fortuite pour obtenir un effet plus spectaculaire.

Les cas d’escroquerie existent tout de même et prouvent, s’il en était besoin, la richesse de l’esprit humain qui, ne pouvant braver les difficultés techniques les contourne. Monsieur Bruno LOIRE (Maître verrier – 17 Cloître Notre Dame – 28000 Chartres), me fit part de ce brocanteur qui avait assuré un vitrail pour une forte somme. Pendant son transport, le vitrail s’était brisé et son propriétaire réclama son dû à sa Compagnie d’Assurance qui, vu l’importance du sinistre dépêcha un expert. Dès le premier coup d’oeil, l’expert s’aperçut que le vitrail était une copie du XIXème siècle qui ne valait guère plus du dixième de l’estimation… Les verres étaient uniformes, les plombs fins, et le style dans le goût “troubadour”. (le style troubadour est une mode pastichant le gothique, apparue dans les années 1820 en réaction à la restauration).

Jusqu’au XVIème siècle, le vitrail est essentiellement religieux. Le premier vitrail civil connu figure dans le Palais Jacques-Coeur à Bourges.

Ce travail resta anonyme jusqu’au XIXème siècle, puis quelques artistes signèrent leurs oeuvres.

Deux étapes importantes jalonnent la haute époque : la découverte du jaune d’or à l’argent et l’utilisation des effets de relief par des jeux d’ombres vers la fin du XVème siècle où le maître verrier se plait à imiter l’artiste peintre.

Le XVIème siècle voit l’apogée du vitrail. Le XVIIème et le XVIIIème siècle sont les témoins d’un changement radical dans la perception de la lumière à l’intérieur des édifices. Les vitraux riches en couleur qui filtrent une grande partie de la lumière extérieure sont délaissés pour favoriser des verres blancs ou légèrement colorés qui laissent entrer toute la lumière. La “peinture narrative” privée de ses couleurs n’a plus lieu d’exister et les verres prennent des formes géométriques en losanges, navettes et bornes.

Début XIXème siècle, le “style troubadour”, qui plagie les styles “populaires”, roman et gothique, relance l’attrait du vitrail. Cette production pourrait aujourd’hui être copiée par des faussaires, mais l’enjeu économique est pour l’instant si faible, voire déficitaire que c’est là le meilleur allié de l’expert.

La fin du XIXème siècle et le début du XXème siècle, connaissent un regain d’intérêt pour le vitrail civil avec les créations japonisantes de l’art nouveau et le dépouillement de l’art déco. Ces vitraux sont pour la grande majorité à usage privé, purement décoratif, dans des cages d’escalier, dans des restaurants etc. Souvent signés par des maîtres, ils atteignent aujourd’hui de fortes sommes.

Monsieur LOIRE raconte d’ailleurs plaisamment à ce sujet qu’en 1975, il avait réalisé pour un restaurant de la banlieue Ouest de Paris, une interprétation art nouveau. Ce restaurant ayant fermé, son vitrail vient d’être vendu comme un “authentique” à un japonais, et ce malgré ses protestations !…

Du vitrail aux verreries, il n’y a qu’un pas. Mais dans ce secteur où les noms de DAUM et GALLE sont souvent synonymes d’enchères millionnaires (en nouveaux francs), de nombreux faussaires sont à l’oeuvre et j’espère que nous aurons l’occasion de développer ce sujet brûlant très prochainement dans notre revue.

Saint Augustin
Style 13e – vers 1880. Diamètre 35 cm.
Grisaille sur verres de couleur dans l’esprit du 13e siècle. Entourage de plomb.

 

Scènes religieuses.

Fait partie d’un ensemble signé “J. Boulanger Rouen 1889”.

Diamètre 65 cm.
Grisaille et jaune à l’argent sur verres de couleur.
Entourage en plomb.

 

 

Chaque panneau est signé “J.B.Anglade peintre verrier à Condom Gers 1876”. 2 panneaux 65 x 87.5 cm chacun. Grisaille, émaux et jaune à l’argent.
Entourage de zinc.Vénus, Reine des Grâces et du plaisir
Iris oranges et mauves.
Début 20e siècle.
98.5 X 101 cm (2 panneaux 48.5 x 101 cm).
Verre de couleur imprimé.
Cadre neuf enfer sur 3 côtés
Ecran aux iris.
Vers 1920.
1 panneau 99 x 85 cm.
Verres imprimés de différents types.
Cadre neuf enfer sur 3 côtés

 

 

 

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Bacchus, dieu des mystères
et de la vigne

 

Imposte en verre biseauté
Vers 1920. 1 panneau 99.5 x 42.5 cm
Verre imprimé et biseauté serti de laiton.
Entourage de laiton.
Décor floral
Vers 1900
106 x 142.5 cm ( 2 panneaux 53 x 142.5 cm).
Verre de couleur découpé,
fleurs de liseron en verre moulé.
Baguettes d’encadrement neuves en bois.

 

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Héron
Vers 1900. 60 x 158 cm.
Grisaille et émaux sur verre cathédrale blanc.
Baguettes d’encadrement neuves, en bois.
A Soleil levant,

Chaque panneau est signé
“P. Maumejean 1899” .
60 x 204 cm chaque.
Grisaille et émaux sur verre
cathédrale blanc.
Cadre d’origine, en fer.

Soleil couchant

© Revue Experts

 


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