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Les méthodes d’analyses scientifiques au service de l’expertise des objets d’art et des contrefaçons artistiques

L’analyse scientifique des objets d’art étant de plus en plus recherchée, l’auteur, après avoir fait un rapide inventaire des laboratoires ad hoc, énonce comment trouver celui qui sera le plus sérieux et le plus à même d’analyser une œuvre d’art et pose le problème de la fiabilité des analyses. Il fait ensuite un bref historique des examens scientifiques puis il étudie les différentes techniques utilisées qu’il résume sous forme de tableaux : examens et analyses de surface, examens et analyses des structures internes, méthodes de datation. Il termine cet article abondamment illustré en forme d’interrogation sur la valeur probante des analyses effectuées par les laboratoires de police scientifique.

La revue Experts n° 19 – 06/1993 © Revue Experts

 

 

Après l’ascension vertigineuse du marché de l’art et son brutal effondrement, les investisseurs s’interrogent sur la valeur de leur placement.

Trop d’attributions ont été modifiées, et un simple certificat d’un ou deux experts patentés, sur une toile dépassant le million de francs, n’est plus suffisant. Les banques, qui n’ont pas été épargnées par cette crise, demandent en plus des expertises, des garanties scientifiques pour couvrir leurs opérations. Il en est de même pour les compagnies d’assurances, qui, assaillies de dossiers litigieux, révisent leurs contrats et ont de plus en plus recours à des examens scientifiques ainsi qu’à des marquages. Les commissaires-priseurs sont sinistrés, les antiquaires essaient de vendre leurs stocks et bloquent leurs frais dans l’attente d’un hypothétique redémarrage. Dans cette récession générale, certains tentent de se démarquer en offrant à leur clientèle une marchandise de meilleure qualité, accompagnée de dossiers historiques et scientifiques complets.

La science va donc, de plus en plus, apporter son concours à l’étude des objets d’art.

 

Les différents laboratoires en France

En France, nous avons les grands laboratoires d’État comme le Laboratoire de Recherche des Musées de France (L.R.M.F.) et le laboratoire de Recherche des Monuments Historiques (L.R.M.H.) ou encore le Laboratoire de la Police Scientifique à Paris. Malheureusement, destinés à l’étude des collections publiques ou à celle des œuvres classées ou contrôlées, ils sont difficilement accessibles aux particuliers.

Les laboratoires privés, spécialisés dans l’étude des objets d’art, qui réalisent eux-mêmes les examens avec l’équipement voulu et le personnel nécessaire, peuvent présenter deux avantages : la rapidité et l’indépendance. La rapidité, car les analyses réalisées la plupart du temps en moins d’un mois, encouragent souvent les fonctionnaires à faire appel à eux. L’indépendance car, exempts de procédures administratives pesantes, ils s’adaptent mieux à l’évolution de la technologie, sauf pour le matériel extrêmement coûteux.

Aujourd’hui, de nombreux universitaires ou restaurateurs issus d’organismes européens, comme l’IRPA, l’IFROA, l’ICCROM ou encore le Restauro, s’installent comme conseils en objets d’art, ou même en “laboratoire d’analyse”. Ce sont en fait de petites structures où les mieux lotis réalisent des radiographies, des examens sous loupe binoculaire, en lumière ultra-violette et sous infra-rouge. Ne pouvant exécuter eux-mêmes certains examens délicats, ils sous-traitent ou orientent leur client vers un laboratoire possédant un matériel plus sophistiqué.

 

Comment trouver celui qui sera le plus sérieux et le plus à même d’analyser une œuvre d’art ?

Un laboratoire sérieux exécutera lui-même la plupart de ses examens. Il exigera qu’on lui laisse l’objet à analyser, sans réserve de temps (entre une semaine et un mois) pour vérifier les résultats, si nécessaire, et déterminer, avec toutes les garanties, les emplacements à analyser.

Il doit être constitué d’une équipe de scientifiques assistés par des restaurateurs et des conservateurs. Les uns manipulant avec aisance et rigueur les appareils les plus sophistiqués, les autres guidant les recherches en fonction de l’histoire des œuvres considérées et de l’historique des matériaux et des techniques utilisés.

Par exemple, si un scientifique analyse au microscope une coupe de la polychromie dune sculpture plusieurs fois repeinte depuis le Moyen-age, il risque de confondre les couches de préparation, de peinture et d’effets spéciaux, comme les glacis ou les brocarts appliqués *. S’il n’a pas lui-même l’expérience des techniques anciennes, ou s’il n’est pas assisté par un restaurateur ou un conservateur, il peut interpréter chaque couche comme une couche visible. C’est ainsi que dans le passé certaines études ont affirmé que des vierges dorées étaient jaunes et ocre rouge, alors qu’il s’agissait de couches intermédiaires entre la préparation (apprêt) et les feuilles d’or.

Autre exemple, un laboratoire d’analyse défraya la chronique, dans les années 80 en analysant des pigments dans une partie restaurée d’un tableau du 17e siècle. La conclusion fit scandale et une contre-expertise prouva l’authenticité du tableau et, de ce fait, l’incompétence de scientifiques parachutés sans assistance technique spécialisée. Un laboratoire d’analyse pour les objets d’art doit donc réunir des scientifiques, des historiens et des restaurateurs. Sans une étroite collaboration entre ces trois intervenants, de grossières erreurs peuvent être commises.
* Estampages en cire, dorés, collés sur les vêtements, en statuaire et sur les tableaux, au XV, et au début du XVIe s., pour représenter les tissus ornés de fils d’or.

L’Abandon“, de Camille Claudel. Grand modèle, Fonte Eugène Blot. Photo Anne Schaefer L’analyse de la métallographie des fontes d’Eugène Blot révèle un alliage constant que les faussaires n’ont pas, à ce jour, cherché à imiter. Réalisées par Fluorescence X, avec le concours du CEA, ces analyses permettent d’identifier facilement la provenance d’un bronze d’art.

 

La fiabilité des analyses, science et conscience

Les résultats scientifiques sont a priori fiables et irrévocables. Mais l’expérience nous montre qu’il subsiste toujours un risque, aussi minime soit-il, d’une mauvaise interprétation : par manque d’expérience, de rigueur, de temps ou par désir de clôturer rapidement un dossier…

La conscience (la déontologie) veut que chaque analyse soit vérifiée, et que tous les résultats figurent dans les dossiers remis aux intéressés. Ces dossiers doivent être clairs et illustrés de photographies prises au cours des différents examens. Ils doivent aussi recueillir toutes les preuves des résultats avancés, avec la localisation des examens, les éléments analysés et les spectres correspondants. De sorte que n’importe quel expert ou magistrat assisté d’un scientifique puisse apprécier la véracité des examens.

Dans certains cas, il ne faut pas craindre d’exprimer ses doutes lorsqu’une incertitude ne peut être levée.

Un bon scientifique n’est pas celui qui sait tout. Avouer à un client ou à un magistrat qu’il est risqué de se prononcer n’est pas toujours aisé car les indécis deviennent rapidement des freins. Ceux qui savent tout sont plus rassurants et accélèrent le déroulement d’un dossier. Il ne faut pas non plus tomber dans l’excès inverse, où l’on préfère déclarer faux un tableau atypique, plutôt que de prendre des risques.

Datation pour dendrochronologie (Madame Yvonne Trenard).
Mensuration des cemes annuels sur un panneau en chêne à l’aide d’une loupe binoculaire et d’une table à déplacement automatique reliée à l’ordinateur. Cliché Lab. G. P.
Le marquage au laser, de sigles ou de textes infiniment petits, est une méthode utilisée couramment depuis 1985, et ceci avec presque tous les matériaux.
Elle trouve une application privilégiée pour les objets d’art, lorsque l’on désire graver un texte inaltérable, visible seulement au microscope. La lecture du marquage est instantanée et ne requiert pas de frais techniques.
Le laboratoire se charge, sur devis, de marquer la couche picturale des tableaux, comme les bronzes d’art.
L’Amie Anglaise” par Camille Claudel, 1900. Cliché lab. G.P.
L’œuvre de Camille Claudel est très restreinte. Pour se protéger des découvertes frauduleuses, Madame Reine Marie Paris, petite nièce de l’artiste, ayant droit et expert de l’œuvre, fait fréquemment appel au Laboratoire d’Analyses de Versailles pour se constituer une banque de données sur la technique et la composition des sculptures en bronze comme des tableaux.

 

Coupe d’un échantillon orange pris sur la signature (Microscopie optique, lumière polarisée et analysée). Cliché Lab. G.P.
L’opérateur localise les grains colorés qu’il analysera en Microscopie Électronique Analytique à Balayage. La couche blanche correspond à la préparation de la toile.
Vue au Microscope Électronique à Balayage (MEB) d’une partie du même échantillon. Cliché Lab. G.P.
La vision est monochrome car les électrons secondaires qui forment l’image ne traduisent pas les couleurs.
Coupe microscopique des polychromies successives d’une ronde-basse du 13e siècle. La couleur marron et la granulométrie importante de la première couche d’apprêt, située en bas, sont significatives d’un apprêt mal broyé, collé avec de la colle de gants (extraite de rognures de parchemins, gants, etc). L’observation de coupe fine au microscope optique permet dans bien des cas de retracer également toutes les parures successives d’une sculpture polychrome, et de prévoir des dégagements sélectifs.

 

Un bref historique des examens scientifiques

La palette des examens scientifiques augmente au fil des ans. Les radiographies et les observations sous. microscope en furent l’embryon vers les années 50, et la décennie suivante vit se développer les observations sous lumière ultra-violette ou infra-rouge. C’est surtout pendant les années 70, grâce aux ordinateurs, que naquirent de nouvelles techniques pour la datation, le carbone 14 et la dendrochronologie ; pour les études de pigments, la microscopie électronique analytique à balayage, la micro-fluorescence X, la spectrométrie, etc.

Enfin, les années 80 accueillirent de nouvelles technologies comme la tomographie (scanner), la Résonance Magnétique Nucléaire, l’accélérateur de particules AGLAE ou L.R.M.F. et le RAFLAR au Laboratoire de Police Scientifique.

Tous ces examens et analyses ont pour but d’étudier la matière et l’élaboration des œuvres.

A partir de là, on pourra connaître l’histoire de l’objet, la façon dont il a été fabriqué, s’il est d’époque ou non. On déterminera son état de conservation et, par là même, les moyens qui seront les mieux adaptés pour sa restauration s’il a subi des dégradations importantes.

La démarche du scientifique est alors très simple, il utilise des méthodes non destructives ou des prélèvements microscopiques. Il ira des examens d’observation de la surface aux analyses de l’invisible.

Quelle différence y-a-t-il entre un examen et une analyse ?

L’examen est le résultat d’une observation d’un objet, tandis que l’analyse est l’identification des composants. Nous présentons ci-après un classement sommaire des examens et des analyses dont la définition est donnée précisément dans le tableau inspiré des documents du Laboratoire de Recherche des Musées de France publié.

 

Les techniques d’observations employées et leurs applications

Le premier examen pratiqué est bien sûr l’examen à l’œil nu de l’œuvre, en éclairage direct ou rasant, qui permet de voir pour un tableau par exemple l’état de soulèvement de la couche picturale. Des analyses sont pratiquées couramment par les vrais professionnels à l’aide de loupes à forts grossissements, ou de microscopes optiques avec des lumières soit naturelles, soit filtrées, rasantes, ou encore à l’oeil nu avec des éclairages aux ultra-violets ou infrarouges.

Les radiographies, scannogrammes, coupes tomographiques (scanner) et la Résonance Magnétique Nucléaire permettent d’observer l’intérieur des objets et d’en tirer certaines conclusions. C’est ainsi que, à la radiographie d’un tableau, on décèle aisément un repentir, un repeint ou une signature cachée, que le scanner dévoile des restaurations savamment masquées ou met en évidence l’authenticité de tous les éléments d’une Vierge romane ou d’un meuble. La Résonance Magnétique Nucléaire localise parfaitement les larves des insectes xylophages ou toutes les variations d’humidité dans le bois.

Saint Jérôme, huile sur toile. Travail du 19e siècle d’après un tableau du 17e siècle. La radiographie de la partie supérieure du tableau fait apparaître une autre étude complètement masquée par la couche superficielle. Cette découverte sera ensuite exploitée par l’historien qui identifiera les personnages Scanner d’une commode Louis XV. Le “regard intérieur” des coupes tomographiques ou des radiographies conventionnelles permet d’examiner avec précision, sans démonter, les assemblages, épaisseurs des bois, etc. Coupe microscopique de la couche picturale d’un tableau moderne, vers 1920 (grossissement au microscope optique : 40 fois)

 

Les techniques d’analyses des composants

Les experts qui refusent d’analyser les composants d’un tableau sont encore nombreux. Et pourtant, ils devront admettre tôt ou tard que ces analyses, qui portent sur les liants et les pigments, apportent de précieux renseignements.

Elles filtrent la plupart des faux par l’apport de preuves “a contrario”. Cependant, elles ne peuvent, à elles seules, à quelques rares exceptions déceler si le tableau est de la main du maître, de son atelier ou d’un faussaire contemporain de l’artiste présumé.

Les techniques les plus courantes sont les analyses des pigments en Microscopie Électronique à Balayage (M.E.B.) en fluorescence X (technique plus rapide mais moins précise), par microchimie à l’aide de réactifs sur des micro-prélèvements, ou encore par spectrométrie.

D’autres méthodes sont toujours à l’étude, notamment sur la mesure de la radioactivité naturelle du plomb, permettant de dater à ± 20 ans du blanc de plomb.
Depuis moins de cinq ans, se développent les analyses des liants. Elles donnent la possibilité de cerner par périodes relativement courtes et précises les tableaux du 20e siècle.

Que penser d’un tableau réalisé avec une peinture dont le liant, acrylique, n’est utilisé qu’à partir des années 1960 et dont l’auteur, mort dix ans auparavant, ne soupçonnait pas l’existence ! Si la science ne peut être formelle dans l’attribution, elle l’est par contre souvent dans le désaveu de la paternité.

 

Les techniques de datation

La thermoluminescence, l’enregistrement du carbone 14 et la dendrochronologie sont des techniques de datation adaptées à certains matériaux.

La thermoluminescence n’est opérationnelle que sur les terres cuites. Le prélèvement chauffé à plus de 700 °C émettra un rayonnement qui sera proportionnel au nombre d’années passées depuis sa fabrication. Sa courbe de réponse laisse flotter une marge d’erreur d’une centaine d’années (coefficient de précision de l’ordre de 5 à 15 %).

Malgré ce flou, il n’est plus une terre cuite antique qui ne se vende, dans les grandes ventes étrangères, sans son certificat de datation par thermoluminescence.

La détection du carbone 14 permet de dater des objets organiques entre 2 000 et 30 000 ans avec une précision de ± 200 ans. Cette méthode n’est donc utilisée que pour des objets antiques et préhistoriques. Elle consiste à mesurer la radioactivité naturelle d’un matériau. On a constaté que le carbone 14, dilué par l’abondance de carbone 12 produit par les usines, les poêles à charbon, a diminué de moitié à la fin du 19e siècle. Puis brusquement sa présence a augmenté, jusqu’à doubler depuis 1900. Après la Seconde Guerre mondiale, il est devenu radioactif. Des chercheurs tentent depuis 10 ans de détecter ces étapes dans l’huile de lin des tableaux pour faciliter leur datation en trois grandes périodes avant 1900, de 1900 à 1945, de 1945 à nos jours. Il est vraisemblable que d’ici à cinq ans, ces travaux aboutiront et bouleverseront beaucoup d’attributions.

La dendrochronologie est, par contre, très précise puisqu’elle date des fragments de bois à l’année près en mesurant la largeur des cernes du bois de printemps au bois d’été. Après, il faut trouver un synchronisme avec une échelle de référence. Mais cette science ne s’applique qu’à certaines essences de bois comme le chêne et certains résineux. Elle est cependant très précieuse pour l’expertise des tableaux hollandais et allemands qui, jusqu’au 17esiècle, étaient presque tous peints sur un support en chêne.

Vue, en Microscopie Électronique à Balayage, d’une coupe de frêne. Microscope Électronique à Balayage (Madame Brigitte du Saxcé). Le M.E.B. est utilisé pour analyser puis identifier chaque grain de matière minérale. Cliché Lab. G.P. Vue au Microscope Électronique à Balayage de blanc de titane.

Toutes ces analyses, qui ne sont pas limitatives, apportent des informations précieuses sur les objets d’art. Mises en œuvre et interprétées par des gens compétents, elles font reculer les faussaires et progresser la connaissance des artistes de l’histoire de l’art, et permettent même parfois de découvrir des tableaux oubliés dans les greniers.

Il convient de regrouper ces techniques selon les résultats recherchés, en : examens de surface, examens des structures internes, analyses de surface, analyses des structures internes, datation des matériaux.

 

Des analyses effectuées par le Laboratoire de la Police constituent-elles un certificat d’expertise irréfutable ?

L’idée de créer une unité spécifique d’identification remonte en 1883 quand, pour la première fois, la préfecture de police utilise la méthode anthropométrique de Bertillon, pour identifier un récidiviste.

Depuis, ce service s’est énormément développé et a pris, en 1985, le nom de Laboratoire de Police Scientifique de Paris (L.P.S.). Installé au cœur du Palais de Justice, dans l’Ile de la Cité, il compte 4 annexes en province, à Lille, Lyon, Marseille et Toulouse et emploie 19 scientifiques, 9 agents administratifs et 23 policiers.

De vocation nationale et internationale, il travaille à la demande d’un magistrat qui agit soit dans le cadre d’une procédure pénale ou civile (principalement en contradictoire où deux parties s’opposent : le demandeur et le défenseur), soit dans le cadre d’une requête volontaire d’un particulier.

Le particulier qui désire faire analyser son objet par le Laboratoire de Police Scientifique doit entamer une procédure gracieuse (en opposition à contentieuse, hors de tout différend) auprès du tribunal de Grande Instance de son domicile. Mais le système judiciaire étant saturé, seules les demandes concernant des objets exceptionnels ont des chances d’aboutir.

Les résultats de ces analyses ne constituent pas un “certificat d’expertise”, mais permettent au système judiciaire d’apporter “un faisceau de preuves” sérieuses qui oriente les conclusions des experts.

Dans cette recherche d’éléments permettant de trancher dans un sens ou dans un autre, le laboratoire privilégiera les méthodes non destructrices et le prélèvement d’échantillon ne sera employé qu’en dernier recours. En effet, l’œuvre analysée est une pièce à conviction !

On utilisera donc d’abord les méthodes d’observation classiques comme la radiographie, la photographie infrarouge, les radiations ultraviolettes… et le Raflar. Cet appareil permet de travailler en micro-analyse sans dégrader l’œuvre et d’identifier tous les pigments utilisés. Dès lors, il est facile de comparer les résultats obtenus avec une échelle retraçant l’évolution de l’histoire des pigments et des techniques. On peut mettre ainsi en évidence des anachronismes dans la réalisation de l’œuvre.

Cette méthode est très intéressante pour les pigments synthétiques dont la fabrication est jalonnée de dates bien précises, du milieu du 19e siècle jusqu’aux années 1950. Le pigment blanc de dioxyde de titane, par exemple, qui existe sous deux formes, la forme Anatase et la forme Rutile. La première fut commercialisée en France en 1925 et la seconde est apparue sur le marché américain en 1941 et en Europe après la Seconde Guerre mondiale.

Si les méthodes non destructrices ne donnent aucun résultat, l’analyse des pigments sera effectuée sur un prélèvement, étudié par microscopie électronique à balayage, fluorescence X ou diffraction X.

Mais il ne faut pas oublier que, dans certains cas, l’examen scientifique reste insuffisant pour déterminer s’il s’agit d’une contrefaçon ou non. C’est la raison pour laquelle les expertises d’œuvres d’art, et plus particulièrement celles des peintures, font intervenir non seulement l’étude scientifique mais se basent également sur une approche artistique du tableau, qui revient aux experts d’art.

Le RAFLAR (Raman Fluorescence Absorption Réflexion). Cet appareil permet de travailler en micro-analyse sans dégrader l’œuvre et d’identifier les pigments utilisés. Il constitue la technique de pointe du L.P.S. Cliché L. P. S. Madame Michèle Rudler, Directrice du Laboratoire de Police Scientifique de Paris. Cliché L.P.S

Techniques d’examen et d’analyse

Examens de surface

Technique

Procédé

Applications

Loupe binoculaire

Vue stéréoscopique conservant le relief avec des grossissements de 1 à 100. L’éclairage est souvent externe, directionnel avec des fibres optiques. État de conservation : altération (corrosion, restauration, craquelures) Techniques de fabrication : assemblages, mises en forme, coups d’outils. Constat de l’état de surface : bulles, inclusions, colorants, homogénéité ou hétérogénéité.

Microscopie optique

Vision agrandie de surface ou interne par prélèvement microscopique X 100 à X 1000. Observation de surface de peintures, de bois, de métaux, de pierre pour apprécier les porosités, les dégradations.

Lumière oblique ou rasante

Une source lumineuse directionnelle orientée selon le plan de surface améliore la lisibilité du relief à partir des ombres portées. Étude des traces d’outils à la fabrication. Dépistage des restaurations artisanales, des faux,… Pierre, granulométrie. Fer, martelage. Inscriptions en creux. Craquelures, déformations de surface.

Fluorescence sous éclairage U.V.

Une source lumineuse à vapeurs de mercure, qui émet un rayonnement U.V., provoque des phénomènes de fluorescence. Le rayonnement U.V. localise l’hétérogénéité de la surface éclairée et dévoile les restaurations (très utilisé dans l’analyse des peintures, mais également pour les vernis en ébénisterie).
Elle différencie certains matériaux comme : la gomme laque, le pourpre antique, les rubis et les grenats.

Photographies et réflectographie infra-rouge

Certaines substances sont plus transparentes au rayonnement proche IR qu’au visible. Ce rayonnement permet d’explorer, sur film photo ou sur l’écran d’un moniteur, les couches sous-jacentes à l’épiderme des matériaux. Lecture de marques et inscriptions effacées sur parchemin, céramiques, bois, pierre, peinture et toile.

Examens des structures internes

Technique

Procédé

Applications

Endoscopie macro et microscopique

Observation frontale, latérale et oblique par introduction de fibres optiques souples ou rigides à l’intérieur d’un objet. Étude des techniques de fabrication des objets creux.
Bronzes : présence de noyaux, localisation d’armatures, d’inserts,…
Bois : méthode d’assemblage
Céramiques : fissures, stries.
Fer : état d’oxydation
Pierre : Etat des fissures, des joints…

Radiographie X

La longueur d’onde des rayons X conditionne leur pénétration. L’absorption dépend à la fois de la nature des matériaux, de leur volume, de leur densité et numéro atomique. Les rayons X qui ont transpercé l’objet sont inscrits en blanc sur un film. Peinture : Technique picturale (esquisse, repentirs, changement de composition, surcharges, surpeints).
État de conservation du support et de la couche picturale Objets Identification des différentes parties
Techniques de fabrication, État de conservation

Tomographie (scanner)

– Objets non métalliques-
L’objet est placé sur une table mobile. Un tube à rayons X pivote autour et produit des coupes rapprochées lover lap) ou distantes. Les indications sont enregistrées par l’ordinateur qui reconstruit, à partir de données numériques, une image en 2, voire 3 dimensions.
Observations internes très localisées dans l’espace. Reconstruction de parties disparues ou à enlever.
Regard intérieur non destructif qui permet, entre autres, de découvrir des pièces rapportées non visibles de l’extérieur.

Analyses de surface

Technique

Procédé

Applications

Micro-fluorescence X

Excitée superficiellement à l’air par un rayonnement X, la matière émet un rayonnement X secondaire caractéristique de sa composition élémentaire.
Les analyses sont ponctuelles, non destructives, immédiates et se lisent sur un spectre issu de l’ordinateur.
Analyses de surface de tous les métaux, matériaux organiques, en verre, pigments, etc.

Spectrométrie d’émission dans le visible (1) et dans l’U.V. (2) (RAFLAR)

Excitée à l’air par une décharge électrique (1) ou par un rayonnement laser (2), la couche superficielle du métal émet un spectre caractéristique de sa composition élémentaire. Les analyses sont ponctuelles, panoramiques, immédiates. Analyses des métaux de toute forme et de toute dimension sur des plages millimétriques. Donne la composition des alliages, soudures, etc.

Analyses des structures internes

Technique

Procédé

Applications

Spectrométrie d’absorption infra-rouge

Excitées par un spectre continu, les liaisons inter atomiques d’une molécule absorbent sélectivement les photons d’énergie équivalente aux transitions énergétiques de vibrations. Identification des liants organiques (cires, résines, polymères), des composés inorganiques, carbonates, sulfates, des produits de corrosion.

Microscopie électronique à balayage

Excitée sous vide par des électrons, la matière émet un rayonnement X permettant d’identifier la composition élémentaire de grains micrométriques. Identification de tous les éléments, même sous forme de trace. Étude des provenances, conservation, authentification.

Méthodes de datation

Technique

Procédé

Applications

Dendrochronologie

Datation des bois au moyen de l’observation des cernes annuels.
Les arbres, soumis à des conditions climatiques propres à une région, donnent une réponse identique inscrite dans la largeur des cernes annuels. S’inscrivent alors des séquences de cernes caractéristiques qui permettent de dater par comparaison avec des éléments de référence.
Datation de certains bois.

Carbone 14

Lorsqu’un organisme meurt, le carbone 14 qu’il renferme commence à se distinguer, alors que sa teneur en carbone 12 reste stable.
La moitié du carbone 14 disparaît tous les 5 568 ans.
Datation des éléments organiques antiques bois, charbons, tissus, etc

Thermoluminescence

Les radioéléments naturels (uranium, thorium, et potassium) présents dans les roches, modifient les niveaux énergétiques des électrons.
Par chauffage à 500 °C, ces électrons libèrent de l’énergie sous forme de lumière qu’il convient de mesurer.
Depuis sa cuisson, une céramique accumule une dose due par l’irradiation naturelle.
La recuisson en laboratoire d’un prélèvement en poudre permet de mesurer la durée d’irradiation à partir de la quantité de lumière émise.
Datation des terres cuites, tuiles, céramiques, du noyau en argile des bronzes creux, sous certaines réserves.

 

Publié avec l’aimable autorisation de la revue l’Objet d’Art/L’Estampille Extrait du n° 268


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