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La manipulation numérique des images

Depuis les années 1990, avec le remplacement du film Celluloïd par l’ordinateur, en tant qu’étape intermédiaire pour l’obtention d’une image papier, on est passé de `image vraie à l’image virtuelle. Le traitement numérique de l’image en permet le détourage, le recadrage, la retouche des couleurs ainsi que des suppressions ou des ajouts. Après avoir rappelé que ces techniques pouvaient avoir de nombreuses applications, bonnes ou mauvaises, il en cite les principaux « bons » utilisateurs et présente quelques exemples ; il termine en disant l’intérêt de cette méthode pour le stockage et l’archivage des images.

La revue Experts n° 27 06/1995 © Revue Experts

 

 

L’ÉVOLUTION TECHNIQUE

Jusque dans les années 1980, la reproduction photographique sur papier avait pour « support » intermédiaire, obligatoire, le film négatif noir et blanc ou le film négatif couleur, ou encore l’ecktachrome, appelé diapositive, en format courant (24 x 36).

Le passage du film à la photo sur papier, appelé tirage ou développement, permettait quelques corrections d’intensité. La retouche se faisait à la main avec des gouaches pour les rajouts, et aux ciseaux pour les détourages.
Les trucages étaient décelables à la loupe sur les négatifs et ne résistaient guère à l’œil de l’expert.

Depuis le début des années 1990, l’ordinateur remplace le film de Celluloïd et sa gélatine sensible. L’œil de l’appareil photo ou du scanner transpose l’image sur une grille numérique divisée en pixels (plus petit élément d’une image enregistrée) par le biais des informations stockées sur un disque dur.

Grâce à des logiciels appropriés et à des ordinateurs surpuissants dont la vitesse d’exécution a été multipliée par 4,5 depuis 3 ans, une image de format A4 (29,7 cm x 21 cm) pesant 20 Méga-octets, peut être stockée et traitée par ordinateur en quelques secondes selon les critères actuels de la haute définition.

 

L’IMAGE NUMÉRIQUE

L’image numérique requiert par conséquent un matériel de traitement assez onéreux et sophistiqué, mais elle ouvre déjà d’innombrables possibilités, bonnes ou mauvaises selon les utilisations. La surface de l’image est divisée en 12 pixels par millimètre selon les normes de la haute définition (300 DPI). La couleur et les traits de chaque pixel sont analysés au moyen d’un scanner et entrent dans la mémoire de l’ordinateur. Chaque pixel peut être modifié ensuite, séparément ou regroupé.

Le traitement de l’image devient ainsi très aisé. Il suffit au retoucheur de détourer sur un écran un personnage pour renforcer sa présence en l’éclaircissant ou en l’agrandissant, ou pour le supprimer de la photo en appuyant sur une autre touche : le fond est alors reconstitué à l’écran et le tour est joué sans qu’il soit possible, même à l’œil averti, de déceler la manipulation.

 

LE TRAITEMENT DE L’IMAGE

Le traitement habituel de l’image est le détourage, le recadrage et la retouche des couleurs. A cette base, s’ajoutent la suppression ou le rajout de plans pour créer de nouvelles images.

 

LES UTILISATIONS

Les principaux utilisateurs sont les publicitaires, la presse, les architectes, les décorateurs, les restaurateurs d’objets d’art, et la chirurgie esthétique.

La manipulation d’une image à des fins d’embellissement n’est pas toujours louable. Elle l’est quand, dans un projet d’architecte, elle respecte ce que sera la réalité, mais elle est dommageable lorsque, dans un catalogue de vente, un objet est artificiellement embelli. La suppression d’un défaut important comme une tapisserie usée et passée, ravivée en couleur, ou le vernis au tampon d’un meuble ravivé par l’ordinateur, devrait être annoncée, voire réglementée, car l’image modifiée fausse l’appréciation de l’acheteur

 

LES EXEMPLES

 

FERRARI

Photo initiale (photo n° 1), Photo retouchée (photo n° 2)

Le fond gris et l’ombre portée du véhicule apparaissent d’emblée modifiés. En prêtant plus d’attention, on s’aperçoit que les reflets de lumière et d’ombres, dus à l’environnement, ont été supprimés sur la carrosserie, que le numéro de la plaque minéralogique est devenu invisible, que la vitre latérale est fermée, enfin que les jantes et les phares ont été éclaircis.

Ces modifications n’ayant eu lieu que sur des défauts photographiques, le traitement numérique ne constitue pas une tromperie sur la qualité intrinsèque de l’objet.

Photo 1
Photo 2

 

LITHOGRAPHIE

Photo non retouchée (photo n° 3), Photo retouchée (photo n° 4)

La retouche visant à embellir les objets présentés est pratiquée couramment dans les catalogues de vente aux enchères comme dans le commerce de vente par correspondance.

Elle consiste à supprimer les défauts dus à la photographie comme sur l’exemple précédent de la Ferrari, mais elle peut aussi, et cela est plus grave, consister à embellir artificiellement l’objet en rehaussant des couleurs passées, comme c’est le cas dans cet exemple, ou à supprimer des défauts, tel le placage d’une marquetterie abîmée ou une tapisserie percée.

Devant la concurrence acharnée que se livrent les salles des ventes françaises et étrangères, toutes les photos des beaux objets figurant dans les catalogues des ventes de prestige sont retouchées pour être embellies.

Photo 3 Photo 4

 

HANCHES

Photo non retouchée (photo n° 5), Photo retouchée (photo n° 6)

La retouche des photographies de mode n’a pas la même incidence juridique. Les mannequins sont retouchés dans un but d’esthétique et ne trompent pas l’acheteur sur la chose achetée. Dans un domaine très proche, qui est celui de la chirurgie esthétique, la retouche numérique des photographies des patientes peut être un outil de travail intéressant, sauf si l’on tombe dans les excès des publicités « avant » et « après » concernant les produits miracles « spécial minceur ».

Photo 5
Photo 6

 

SOURIRE

Photo non retouchée (photo n° 7), Photo retouchée (photo n° 8)

Les vedettes qui désirent rester jeunes le plus longtemps possible ont souvent tendance à faire retoucher leurs photographies publiées dans les journaux.

Ici, les rides et les dents ont été retouchées, la peau a été brunie, le rose des lèvres foncé pour faire ressortir l’éclat des dents.

 

GROUPE DES ENFANTS

Photo non retouchée (photos n°S 9 et 10), Photo retouchée (photo n° 11)

Cet exemple illustre la fragilité des témoignages photographiques en couleur récents, tant au niveau des preuves que des suspicions et rumeurs qui en découlent. Ces trois enfants ont été pris séparément et ont ensuite été rassemblés en un même lieu et à un même instant donné, de façon artificielle. La jonction numérique des images a répondu à un vœu honorable des parents. Dans un domaine parallèle, l’adjonction d’un personnage dans une fête à un moment précis peut devenir une preuve falsifiée.

Photo 10
Photo 9
Photo 11

 

RÉGATE

Photo non retouchée (photo n° 12), Photo retouchée (photo n° 13)

Sur la photo retouchée, le texte le long de la coque du voilier a été supprimé ainsi que deux personnages situés à l’extrême droite. Cette retouche, courante dans la presse, peut avoir des effets pernicieux. Pour des raisons politiques, le maquettiste peut permuter ou même rajouter un personnage à un emplacement acrobatique, lui faisant prendre un risque qu’il n’a jamais encouru, pour valoriser son image de marque.

Dans la presse à scandales, on peut rapprocher et dénuder deux personnages, ou même inventer toute rencontre !

Photo 12 Photo 13

 

 

LE STOCKAGE ET L’ARCHIVAGE

Le traitement numérique des images connaît également un développement croissant dans le domaine du stockage et de l’archivage des photographies. Il permettra bientôt et l’acquisition et le transport d’images en haute définition en quelques secondes de part et d’autre du globe.

Un imprimeur de Hong Kong pourra recevoir des photographies aussi rapidement qu’un imprimeur français.

Un expert d’art français pourra obtenir une très bonne photo auprès d’un musée américain, le temps d’un appel téléphonique.

 

EN CONCLUSION

Le traitement numérique des images est la passerelle entre l’image vraie et l’image entièrement composée par l’ordinateur, appelée image virtuelle.

Si l’image virtuelle est encore facilement identifiable par l’observateur lambda, l’image numérique n’est pas repérable à l’œil nu et peut donc tromper. Selon l’importance de la manipulation, la modification réalisée peut avoir des effets anodins ou des conséquences très graves

L’auteur remercie pour son précieux concours, M. Jean-Pierre VIVANTE, Président Directeur Général de la Société I.P.P.E. aux Lilas (93260), qui a fourni aimablement les photographies et typons de cet article.

© Revue Experts

 


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