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La cote de Camille Claudel

Valeur sûre ou phénomène de mode ?

Gilles Perrault a réalisé plusieurs expertises judiciaires concernant l’œuvre de Camille Claudel et a bien voulu ici présenter la cote de l’artiste.

Article de L’Estampille L’Objet d’Art n°225 – Mai 1989 – propos recueillis par Jeanne Faton-Boyancé

Camille Claudel - La joueuse de flûte, L'abandon et La fortune

Tendance générale : « la cote grimpe… »

La cote grimpe depuis deux ans. Les collectionneurs qui possèdent des œuvres de l’artiste sont pour la plupart des descendants de la famille ; ils réalisent aujourd’hui la valeur de leurs biens et vendent. Ce n’est plus la même clientèle de collectionneurs qui achète. Une cinquantaine d’œuvres ont déjà changé de main, et d’ici un an, il n’y aura plus de Camille Claudel sur le marché, ou alors très rarement. Les acheteurs d’aujourd’hui attendront que la cote monte encore avant de vendre à leur tour. il y a cinq ans, une sculpture se vendait 20 ou 30 000 francs; maintenant une fonte de qualité, Eugène Blot ou moderne, dépasse les 500 000 francs voir le million pour les tirages originaux.

Camille-Claudel-Les-Causeuses-Bavardes-ou-La-Confidence-Fonte-Eugène-Blot
Les causeuses ou Les bavardes ou La confidence
Bronze unique. Collection particulière
Signé à la base C. Claudel
Fonte E. Blot. 1905. 33 x 20 x 31 cm

 

Les détracteurs de la cote : « il faut leur opposer le fait qu’il y a un groupe de trois experts… »

Aux détracteurs de la cote de Camille Claudel, il faut opposer le fait qu’il y a un groupement de trois experts qui sont chargés d’examiner chaque œuvre mise sur le marché, sous l’égide de Reine Marie Paris, seule personne habilitée à signer les certificats d’authenticité. Afin de dépister les faux, ces experts sont en train de relever les empreintes digitales laissées par Camille Claudel sur ses plâtres et terres cuites, car elle modelait beaucoup avec ses mains , et ils radiographient toutes les sculptures pour connaître les assemblages. Mais que la cote de Camille Claudel soit si récente fait qu’aucun faux n’a été exécuté avant ces deux dernières années (ndlr : 1987), et que les deux seuls présentés ont été dépistés et écartés.

« Les investisseurs financiers se trompent rarement sur le devenir d’un artiste et en sont en fin de compte les meilleurs garants »

Autre point important pour la défense de la cote de Camille Claudel, l’intérêt que portent à l’artiste les investisseurs financiers. Les AGF qui viennent d’acheter Persée et Gorgone en marbre ont bien senti l’impact psychologique et financier d’une telle acquisition – acquisition versée dans le patrimoine de la société et contribuant de façon prestigieuse à son image de marque, avant d’être, comme l’a annoncé le président des AGF, revendue.

Les observateurs de la haute finance s’entendent à penser que la sculpture de qualité, vierge de tout discrédit, atteindra bientôt les sommets que connaît la peinture ; tout porte donc à croire que l’œuvre de Camille Claudel, mise à la mode par l’actualité cinématographique, ne retombera pas dans l’oubli, car les investisseurs financiers se trompent rarement sur le devenir d’un artiste et en sont en fin de compte les meilleurs garants. De nombreuses manifestations sont par ailleurs prévues autour de Camille Claudel pour la fin 1989 et les années 90 et 91, dont plusieurs expositions.

Persée-et-Gorgone-Marbre-de-Camille-Claudel-1892
Persée et Gorgone
Marbre. Pièce unique.
Titrée et signée sur le socle :
« Persée et la Gorgone, Camille Claudel »
1892. 1902.
196 x 11 x 99 cm.

Les éditions posthumes : « les ayants droits ont toute latitude pour contrôler la divulgation de l’œuvre »

L’œuvre de Camille Claudel est encore sous le coup de la loi sur la propriété littéraire et artistique du 11 mars 1957, qui fait des héritiers de Camille Claudel les détenteurs du droit moral sur son œuvre. Cela signifie qu’ils ont toute latitude pour contrôler la divulgation de l’œuvre et la publicité faite autour de Camille Claudel, et qu’ils sont les seuls autorisés à effectuer les tirages qui n’ont pas été effectués du vivant de l’artiste. Ainsi, quelqu’un qui a un plâtre ou une terre cuite ne peut pas le tirer sans l’autorisation expresse écrite des ayants droits, qui vont expertiser l’œuvre, la faire détruire si c’est un faux ou l’authentifier. Le droit moral couvre cinquante ans, plus l’année en cours après le décès de l’artiste, plus les années d’internement et de guerre. La famille doit donc en être détentrice jusqu’en 2005. Après cette date, les propriétaires d’œuvres non tirées pourront les faire éditer en bronze, mais ils seront obligés d’inscrire au dos la mention reproduction.

Il faut donc distinguer les fontes anciennes faites du vivant de l’artiste et les fontes modernes décidées après expertise et sur l’autorisation expresse de la famille. Les œuvres sont tirées aujourd’hui à 8 exemplaires plus 4 épreuves d’artistes numérotées de 1 à 4 et EA. Les moules sont ensuite détruits. Il existe aussi des tirages plus importants, appelés multiples, dont le nombre varie au fil des usages, mais de dimensions différentes du tirage original. Les tirages multiples actuels, qu’on appelle aussi diffusion, peuvent aller de 250 à 1000 exemplaires.

La-vieille-Hélène-plâtre-teinté-Camille-Claudel
La vieille Hélène
Plâtre teinté
Camille Claudel

« Les prix varient non seulement selon l’ancienneté de la fonte mais aussi en fonction de sa qualité, de sa patine et de son usure… »

En tout et pour tout quand les sculptures, mêmes modernes, seront tirées, on n’excédera jamais les 200 œuvres originales. Les prix varient non seulement selon l’ancienneté de la fonte mais aussi en fonction de sa qualité, de sa patine et de son usure. Les amateurs éclairés et les investisseurs s’attachent à l’ancienneté de la fonte mais ils savent aussi qu’avec le temps cette notion de fonte posthume pourra disparaitre et seule comptera la qualité. Le tirage ou la limitation du tirage joue aussi un rôle très important car c’est lui qui fait la rareté du modèle.

Paul Claudel en jeune romain - bronze de Camille ClaudelPaul Claudel en jeune romain
Bronze. Collection particulière.
H. 44 cm. Photo Anne Schaefer

 

 

Photographies © Gilles Perrault L’Estampille L’Objet d’Art et Anne Schaefer

 


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